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Mon Frère Apprenti, bonsoir.

Ce soir, Frère Apprenti, je te convie à entrer dans mon Studium pour qu'ensemble nous réfléchissions sur le thème :

"Le Temps en Franc-Maçonnerie".

Mon Frère, quel âge as-tu ? Si, et je n’en doute pas, tu connais ton manuel d’instruction et si tu écoutes avec attention le rituel d’ouverture des travaux, tu sais que tu dois répondre à tout questionnement d’un Frère à ton endroit : J’ai trois ans.

Donc, demander son âge à un Maçon, c’est le situer dans le temps. Et pourtant, la réponse attendue -manifestement symbolique - le situe hors du temps !

La réponse temporelle aurait du être j’ai 25 ans, 40 ans ou 60 ans… en correspondance avec les années écoulées depuis la naissance de l’intéressé alors que la réplique symbolique que tout apprenti formulera depuis le soir de son initiation jusqu’au moment de son passage au deuxième degré sera : j’ai trois ans.

L’initié se situe donc hors du temps. Il matérialise ainsi sa naissance seconde. Certains penseurs disent qu’il est dans la conscience d’une sorte d’immortalité car après avoir pris conscience par son parcours intérieur de la nécessité de renaître à une vie nouvelle, il peut aspirer à atteindre la sagesse. D’autres critiquent cette affirmation en se référant notamment aux grands initiés - tel Bouddha - qui ayant atteints une plénitude absolue seraient passés définitivement hors du temps par la remémoration de toutes ses vies.

Mais, Frère Apprenti, même si nous nous sommes installés sur le chemin initiatique, nous faibles hommes, petits apprentis, prenons garde de trop entrer dans ces considérations. Si nous avons trois ans, c’est parce que nous sommes initiés aux Mystères des trois Premiers Nombres selon ce qui nous est enseigné dans l’instruction du grade. Travaillons sur ces Mystères le reste viendra peut-être plus tard et de surcroit !

Maçons sans âge réel travaillons nous pour autant sans temps ?

Certes non, puisque nous travaillons de midi à minuit. Rappelons nous que ces heures conventionnelles nous indiquent que l’homme doit atteindre la moitié de sa carrière, le midi de sa vie, avant de pouvoir être utile à ses semblables ; mais que, dès cet instant et jusqu’à sa dernière heure, il doit travailler sans relâche au bonheur commun ! [1]

Ainsi donc, nous sommes instruits sur le fait qu’il convient de n’agir qu’en temps opportun. Ce que nous confirme d’ailleurs notre rituel d’instruction : « L’action n’est utile que si elle vient à propos. En se montrant trop impatient, on risque de faire avorter ce qui est en voie de préparation. Il faut savoir attendre le moment favorable ; agir trop tôt ou trop tard entraîne un égal insuccès.1 »

Mon Frère Apprenti, en m’excusant par avance pour la référence personnelle que je vais introduire dans mon propos, je te dirais que cela rejoint parfaitement une de mes idées fortes en matière de gestion du temps qui naturellement n’est pas de moi mais qu’on attribue à Voltaire et qui nous indique qu’il y a quatre façons de perdre son temps :

-       Ne rien faire ;

-       Faire mal des choses utiles ;

-       Faire bien des choses inutiles ;

-       Faire bien des choses utiles en temps inopportun.

Mon Frère Apprenti, je ne doute pas que tu adhères à cette réflexion qui me semble être frappée au coin du bon sens et que si tu ne manques pas de l’appliquer dans le monde profane tu te feras un devoir d’y souscrire dans ta démarche initiatique.

En matière de temps en Franc-maçonnerie, j’ai évoqué âge de l’Apprenti, l’amplitude de notre temps de travail, la nécessaire qualité à apporter aux travaux menés en Loge, il ne me reste à aborder qu’un dernier point sur le plan technique : la date.

Tantôt, lors de la lecture de la planche tracée de nos derniers travaux tu as entendu le Frère Secrétaire nous indiquer une date maçonnique et une date profane. C’est ainsi qu’aujourd’hui nous sommes le 19ème jour du 11ème mois 6008 mais aussi le 19 janvier 2009 selon l’ère vulgaire ou profane. Frère Apprenti, j’aurais pu m’amuser à calculer notre date actuelle en fonction des règles en vigueur sous les égyptiens, les grecs, les aztèques, les romains et autres sans oublier notre éphémère calendrier révolutionnaire ou à te livrer les dates actuellement en cours dans le monde qu’elles soient celles des Bouddhiques, des Israélites, des Musulmans ou d’autres encore car même s’il n’y a pas autant de calendrier, le bureau des Nations Unies en charge de l’harmonisation des dates a recensé un peu plus de 2 000 façons de tracer ce point de repère, décidemment universel. Mais cela n’aurait que peu d’intérêt dans un propos d’instruction.

Alors, quelle signification doit-on apporter à cette volonté des hommes de dater ce temps qui s’enfuit inexorablement. Certes les premiers calendriers en liaison avec les phases lunaires servaient de jalon à des phénomènes naturels. Puis, a du venir le temps ou l’homme s’est senti dominant : je maîtrise le temps, ou plutôt comme nous l’indique Alain dans ses Propos « un calendrier s’est un avenir divisé en cases, où je vais pouvoir distribuer mes projet et mes espérances. ». D’une autre façon, regarder le calendrier symbolise un éternel recommencement.

Quoiqu’il en soit, pour moi, tout calendrier fixe une date dans un temps. Donc un début que cela soit d’une civilisation, d’une époque ou d’une pratique. S’il y a un début, il y aura inexorablement une fin.

Au plan initiatique, je ne saurais souscrire à cela. Aussi, je préfère utiliser la date officielle que nous fourni le pays dans lequel nous pratiquons notre Rite, sans pour autant ignorer au plan historique l’histoire du calendrier de notre Rite. Encore faudrait-il définir lequel pratiquer puisque il y a en maçonnerie deux façons de débuter l’année, soit le 1er mars, soit le 1er septembre et d’établir l’année en ajoutant au calendrier officiel 4 000 ans ou 4 713 ans !

Vous dirai-je enfin que peut-être la datation qui me siérait le plus serait cela préconisée par certains symbolistes qui font précéder les trois derniers chiffres du millésime d’un huit couché, symbole de l’infini en mathématiques.

Mon Frère Apprenti, je te remercie pour ton écoute attentive.

Je t'invite à travailler le thème de mon propos du 2 mars prochain qui portera sur : "Y-a-t-il une raison d’exclure le règne animal de l’initiation maçonnique au 1er degré ? ».

 


[1] Manuel des Tenues d’Instruction Maçonnique – Rituel 1er degré Grande Loge de France – Edition 2006